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// 2008/03/06 10:22 / 90.4.92.5
!!!AUDIO EXTRANAUTES



!!Version 2 (Texte corrigé et complété, 15 nov 2007)


!!!Introduction

Le laboratoire de recherche en art Locus Sonus audio in art (École Supérieure d'Art d'Aix-en-Provence, École Nationale Supérieure d'Art de Nice Villa Arson, auxquelles s’associe l’École Supérieure des Beaux-Arts de Marseille à partir d’octobre 2007) propose des processus de travail et de réalisation qui combinent l'expérimentation pratique « contrôlée » (dans le sens où les productions du laboratoire sont de l’ordre de la réalisation artistique) et l'évaluation critique en interrogeant collectivement les environnements sonores selon deux axes: audio en espace, audio en réseau.

!!!1.Présentation de Locus Sonus

Le laboratoire s’appuie sur un fonctionnement de recherche combinant :
* la candidature à des contrats de recherche (DAP, MRT, CNRS, ANR) en association avec le laboratoire de sociologie LAMES (MMSH/CNRS) de l’Université de Provence,
* l’articulation des symposiums et du Conseil Scientifique pour le suivi de la recherche et pour la transmission et la publication des états de recherche,
* la constitution d’une équipe à partir de recrutements d’artistes et de chercheurs sur des programmes annuels (3ème cycle) articulant expérimentations, développements et réalisations artistiques publiques, en collaboration avec un réseau de partenaires nationaux et internationaux, et travaillant à temps plein sur les projets de recherche du laboratoire,
* la mise à disposition des ressources, techniques et documentaires, à destination des enseignements des Écoles d’Art par l’organisation de séminaires et de workshops et par la collaboration pédagogique (assistances, cours et ateliers, programme d’échanges), et à destination des communautés artistique et scientifique par des modes de publication en ligne (site web locusonus.org, listes de diffusion, wikis et blogs) et de collaboration sur des projets externes proposés.

Locus Sonus s'engage dans la construction de formes et de dispositifs autour des pratiques de streaming et plus génériquement celles d’interactions d'espaces sonores, entre espaces virtuels et espaces physiques, selon des environnements d'installation et de performance.

Dans le cadre du projet Locustream, ces flux sont des "micros ouverts" qui captent de façon continue des paysages et des "fenêtres" sonores et qui deviennent ainsi des matériaux/phonographies "jouables" et interprétables. Les échanges et collaborations pour la mise en place de ces micros font partie intégrante de la méthodologie de la recherche, dans le sens où les technologies et les protocoles utilisés sont également interrogés et expérimentés par le biais de la construction de réseaux humains et sociaux.

Ces dispositifs s’articulent les uns les autres, entre installations et performances, entre interfaces en ligne et espaces physiques, entre manipulations et écoutes, et interrogent les passages entre les pratiques et les formes qu’ils constituent.
Ainsi les projets menés peuvent donner lieu à des circulations de propositions, voire des « plugs » d’éléments de dispositif dans un autre ou des développements localisés de ceux-ci, entre le travail en commun de l’équipe, les pistes et expérimentations suivies par chaque membre (pour la réalisation de projets) et les propositions développées par les partenaires et par les collaborateurs. Ceci est fonctionnel dans des mécanismes de va-et-vient et de « feedbacks », qu’ils soient entre des pratiques, des développements techniques ou des réflexions et investigations théoriques, pour qu’ils nourrissent d’une manière ou d’une autre le fonctionnement et les travaux du laboratoire Locus Sonus.

Les dispositifs développés par le laboratoire font appel :

* à la production et à la diffusion de multiples flux sonores captés par un réseau de microphones disséminés dans des lieux géographiques autour du globe et maintenus par des complices et des collaborateurs, via un environnement serveur spécifiquement programmé,
* à la construction d’interfaces en ligne d’écoute, en direct et en différé, des streams et de réalisations issues de pratiques de composition et d’interprétation, à partir de ces streams,
* à la réalisation d’installations et de systèmes de corrélations spatiales et d’écoute, autour des notions de ''mixed realities'', d’interactions ''remote/local'', de résonances et de spatialisation, donnant lieu à des installations artistiques,
* aux développements d’appareils mobiles de performance et de captation sonore en direct, pilotables et contrôlables, permettant de streamer de point à point.

Ces dispositifs s’articulent les uns les autres, entre installations et performances, entre interfaces en ligne et espaces physiques, entre manipulations et écoutes, et interrogent les passages entre les pratiques et les formes qu’ils constituent.


!!!2.Présentation du cycle de symposiums
'''« les nouvelles perspectives de l'espace acoustique dans ses prolongements via les réseaux électroniques »'''

L’objet principal du cycle de symposiums Audio Extranautes investit les questionnements relatifs à l’interaction des espaces physiques et numériques dans de multiples dimensions à partir des mises en œuvre des projets et des expérimentations du laboratoire Locus Sonus.

Les pistes de recherche proposent d’ouvrir un champ d’attention et d’expérimentation autour de l’intrication et l’innervation des “espaces” vus comme différenciés (en réseau, physique et virtuel) du point de vue des pratiques sonores numériques et des étendues acoustiques (Locus Sonus) ainsi que du point de vue de la sociologie dans le cadre de la collaboration sur ces questions avec le LAMES/ CNRS. Ils se problématisent sur l’interrogation et l’instabilité de ce que l’on entend habituellement par “coupures” ou “frontières” entre le numérique et le physique, et de ce que l’on comprend par “temps réel” et par “différé” (ou fixe) au regard de l’expérimentation des flux.
C’est l’exploration des espaces acoustiques qui est menée dans le cadre du laboratoire LOCUS SONUS ainsi que l’approche de nouvelles distinctions, voire de capacités, de l’instance “auteur” et de celle “auditeur”, au travers des développements conjoints, artistiques et industriels, des environnements en réseau.

La notion d’extranaute est au cœur de ces problématiques et couvre plusieurs interrogations :
* manifestations dans l’espace physique des projets en réseau (extranautes, mondes virtuels, nouvelles scénarités)
* signification de l’apparition des “flux” comme forme d’expression (streaming, etc.)
* impact des technologies mobiles sur l’expression artistique (interfaces de performance wifi, relais et terminaux wifi pilotables, etc.)

Ces projets issus des expérimentations artistiques menées en continu par le laboratoire évoluent sur des questions d'interaction entre espaces physiques/virtuels. La notion d'extranaute interroge, dans un sens élargi, l'individu ou la communauté naviguant et actant dans des va-et-vient entre le on-line et le off-line.

Dans le cadre de la réflexion sur la fluidité des flux, l'interrogation des points, en tant que lieux locaux et situés, sédentaires, c'est-à-dire d'où l'on émet et d'où l'on reçoit, a été envisagée lors des derniers symposiums Audio Sites et Audio Geo, mais que se passe-t-il lorsque ces mêmes points se déplacent simultanément, sont mobiles, c'est-à-dire changent continuellement d'espaces? ils naviguent (-nautes) entre et d'un point à un autre (extra-, hors de). Les points fixes sont mobiles, stables et instables, sont continuellement situés, incorporés, découvrant des espaces différents de réception, d'écoute et d'émission, de captation. Ils fluctuent tout en étant singuliers. Ils sont à expérimenter et à éprouver car il n'y a plus d'aplomb et de centre d'interprétation. Tout en fluctuant ils jouent des espaces traversés, des résonances de ceux-ci, des répercussions et impacts rendus acoustiques de ce qui serait sans résonance et sans sympathie, anacoustique. L'un pour l'autre, ces points sont virtuels, quelque soit le lieu. Seuls les imaginaires excités par ces fantômes reconstituent ces espaces distants (la désignation ou la localisation du lieu est-elle importante ?). Chaque auditeur, chaque "streameur" imagine l'autre à partir de ses mémoires et de ses perceptions: de lieux, de contextes, de gestes, etc. L'un s'imagine composant l'autre, l'étendue de l'autre, l'étendue de son espace.

Dans le flux il y a écoulement, écoulement sans destination, sans que le destinataire soit a priori désigné. L'émetteur/expéditeur est localisé, son microphone sélectionne un périmètre et un volume difficilement stable. Le destinataire impromptu règle son écoute de l'impermanence du flux permanent. Les interfaces (dispositifs et installations) permettent de "répéter" l'écoute sans grapher ce qui s'écoule, ce qui est non itératif. Les dispositifs (développés par le laboratoire) sont itératifs, leur contenu non (les flux streamés), car celui-ci est continuellement mis à jour : nous n'en percevons que son actualité à distance et ses sillages en différé (persistances et résistances).
Est-ce que le gramme du son (gramophone), – ou bien faut-il envisager aussi le gramme de l'écoute ? –, amène à constituer des pratiques et des écritures possibles à partir des dispositifs et des appareils de streaming et de réception que nous développons ? L'auditeur diffère et révèle les dispositifs de composition et d'écoute par ses propres expériences des appareils. L'espace auditeur est, aujourd'hui et pour l'instant, physique (proprioperceptif), tout comme celui de l'émetteur, ouvrant dans ses contextes fenêtre après fenêtre – fenêtre mobile de la captation sonore –. L'interaction n'est actuellement possible qu’à l’aide des dispositifs (Tuner, Promenade, SoundMap, etc.), ceux-ci étant imprégnés des captations en direct, des matériaux inattendus incessamment rafraîchis, mis à jour et qui échappent toujours, alors que l'on y répète ses gestes et ses parcours. Pourtant l’appréhension des localités et le tissage de ces localités ne sont pas embrassés par l'auditeur, à part dans l’imaginaire et les fictions qui se dégagent de ces images et fenêtres sonores. Nous lui signifions le nom du local (par exemple par la projection du nom du lieu de l'émission, ou encore par les informations locales quant à la description textuelle et visuelle fournie par les ouvreurs de streams), sans que cet auditeur n’envisage simultanément et d’emblée les autres permanences, en attendant qu'une pratique des lieux virtuels en naisse. Le dispositif relie les lieux. Mais comment ?

Au sein des projets du laboratoire de recherche, les pratiques de relations et d'interconnexions entre lieux peuvent construire des sympathies, des résonances et des dissonances. Ce qui est sympathique est invisible, il doit être excité à bonne longueur d'onde pour qu'il se détache des apparences physiques. Le lieu volume peut devenir acoustiquement plus habité qu'habituellement (l’habitude des espaces visuels), complexé de facettes nombreuses et de situations variées des corps lorsqu'on le fait résonner. Le croisement et la concomitance des espaces deviennent des résonances qui interagissent entre elles; lorsque les corps d'écoute se déplacent, ils changent le paysage. Toute résonance est éprouvée et donne la perception de sa propre localité (en tant qu'émetteur et en tant qu'auditeur).
Qu'en est-il lorsque les corps ne croisent pas les espaces résonants dans leur physicalité, lorsque les modèles résonants sont transmis à distance (à l’instar du projet Silophone du collectif canadien The User) ou sont construits dans des espaces anacoustiques (Second Life), puis réinjectés, repliés dans l'espace physique d'écoute ? Le stream (sonore) recompose des espaces et des étendues par la reconnaissance, par les mémoires, par la signature des contextes, des sites et des lieux ; de son côté le stream d'espaces (d'excitation et de résonance) compose de tiers espaces à définir.

De contextes stables (du lieu d'émission, du lieu d'écoute, du lieu du dispositif) nous en mesurons à présent les instabilités et les variabilités lorsque les sympathies (d’espaces, de sons, etc.) entrent en jeu : situations, ambiances, immersions, environnements, etc. – autant de termes et de pratiques à explorer par la suite dans notre recherche – . L'abord public devient en supplément expérientiel, plus navigant, plus variable, plus constitutif, passant d'un espace à un autre, d'un voisinage à un autre. L'espace paradoxal (numérique, résonant et calculé) prend-il une physicalité et une matérialité plus grandes par l’accroissement des imaginaires et des perceptions imaginées ? Nos espaces physiques ne s'y retrouvent-ils pas plus agrandis, plus étendus, largement perçus, amplifiés et modifiés ?
Le rôle de l’imagination (ou plus exactement de la fiction) oscille entre mimétisme et reconnaissance : la pratique des espaces sonores numériques, ou mieux virtuels, non seulement influe sur nos perceptions dans les environnements physiques mais modifie, courbe, également celles-ci et enfin initie des pratiques et des perceptions physiques indexées sur la virtualisation et pourtant bien réelles et éprouvées. Il s’agirait de les distinguer et de mettre à jour cette translation des pratiques virtuelles (et en réseau) dans nos contextes, tant nous connaissons le mouvement inverse, celui de ramener (mimétiquement) dans le virtuel nos activités physiques et la simulation de nos perceptions.

Une des activités et des expérimentations développées par le laboratoire Locus Sonus porte sur le transport d’environnements sonores par les appareils, les techniques et les technologies de streaming. Le stream ouvre la possibilité de creuser un sillon : celui des pratiques de paysages sonores partagés. Ce point de vue pourrait être à nouveau ré-interrogé selon d’autres angles en prenant appui sur le Mémoire éponyme de Yannick Dauby (Mémoire de DEA, École de l’Image, Angoulême, 2002). Une des difficultés identifiées lors du premier symposium (Audio en espace, audio en réseau) a été d’appliquer aux matériaux issus de ces transports la qualité de paysage sonore avant même que de parler de leur « partage ».
D’un coté l’expérience du transport d’ambiance est sans doute du type « limite », mais de l’autre la visée artiste n’en n’est pas quitte, au sens où elle essaie néanmoins d’intégrer des « étendues sonores » -- ou en tous cas des sons qui emportent ou importent avec eux le sens de leur étalement, dans la construction même de ses pièces/espaces sonores (moins des sources que des bassins). S’y expérimente en tous cas un type d’écoute.

Là aussi l’expérience Locus Sonus est concernée, fût-ce à la marge, par l’esthétique de l’immersion. Cette dimension y est cependant vacillante, et plus qu’un défaut c’en est peut être une qualité. Plutôt, en effet, que de mettre l’effet immersif à la seule charge d’un dispositif (fût-il fautif), cela invite à travailler – et du coté des sciences sociales – les registres immersifs attenants à nos pratiques ordinaires. Moins, ou en tout cas tout autant qu’un effet d’artifice, l’immersion (le sens d’immersion) est une composante routinière qui nous permet de nous placer dans des espaces « naturels ». A preuve : nous sommes tous capables de discriminer nos environnements (et d’y ajuster nos gestes) selon ce que nous reconnaissons comme des ambiances attachées aux lieux.
La fragilité immersive de Locus Sonus se coltine (et du coup peut révéler) les solidités immersives du « premier monde ». Voilà un chantier qui concerne les sciences sociales. Il y a là en tout cas un plan de confrontation possible, en ce qui concerne la saisie des effets d’immersion, confrontation entre deux abords exploratoires de ces effets, les uns du coté de leur génération sensorielle, les autres du coté des prises ou des greffes de ces offres sur le déjà là de nos ambiances ordinaires.

'''« audio extranautes »'''
Le développement du stream, de ses technologies, se situe de facto dans un mouvement plus ample qui est celui d’une imprégnation progressive des ressources du numérique dans l’expérience sociale et humaine. La « toile », qu’on avait placé en vis-à-vis du monde, comme une innervation excédentaire et possiblement menaçante, s’invite et s’infiltre désormais au plus prés, de même que, réciproquement, elle est devenu un appui ordinaire de nos engagements dans le « premier monde » ou de nos « vies premières ». Cette étreinte qui se resserre cerne nos corps, qui la portent aussi bien qu’ils sont portés par elle.
Ainsi, les visionnaires, astreints au dur labeur d’exhiber avant tout le monde – non seulement avant tout le monde, mais avant la pointe avant gardiste de ce « tout le monde » -- enjoints donc d’exhiber des différences inaperçues, et parlant donc du Web 3.0, en parlent comme d’un « Web » plus ambiant. (Tim O’Reilly)

Les explorations en cours de Locus Sonus, leur montée en mobilité, sont synchrones avec un mouvement plus général, qui mixe virtuel et réel. Lequel mouvement est désormais instrumenté de manière massive notamment par les majors du continent « télé » (phone etc..). Ou bien, les jongleurs entre audio et réseaux, à la fois connectés et « ici là », à la fois capteurs et diffuseurs sont légion, déjà, et souvent dans nos rues.
Certains sociologues ont commencé de documenter ces « profils », soit dans les usages ordinaires du baladeur (Christian Licoppe), soit dans des expériences, souvent ludiques, qui jouent sur les entrelacs des relations « flesh and bones » et les relations médiatées (MarcRelieu, Dana Diminescu).
Voilà un autre point de rencontre et d’échange.