DAP-rapport2.6.2 - Wikidolist

Dernière modification : 2008/03/11 15:45

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audio extranautes, une introduction


(Samuel Bordreuil)


Dès son point d’origine LOCUS SONUS a inscrit sa problématique dans cet entre deux – incarné par le « / » de « audio/réseau » -- du on et off line.
Mais également dés son origine, il s’est donné comme but de travailler cette “barre”, c'est-à-dire de la faire jouer dans les deux registres en tension du “soit/soit” (opposition exclusive) mais aussi du “et et” (opposition inclusive) : et en réseau et en espace propre.
Or cette exploration des possibles d’adjonction entre les topologies d’engagements médiatés (par le réseau) et celles qui reposent sur des (im)médiations de coprésence est synchrone avec la manière dont les sociologies qui travaillent sur la question du numérique ont récemment reconfiguré leur objet. Ceci définit alors un autre point de recoupe.

Barry Wellman spécialiste des réseaux est le premier à avoir ouvert cette piste. On lui doit, notamment, d’avoir non seulement mis en évidence qu’on ne pouvait corréler une montée des relations « on line » à une diminution de celles-ci « off line », mais surtout d’avoir montré que bien des relations « off line » supposaient du « on line » pour se développer. Travaillant ainsi sur l’espace social des premiers quartiers résidentiels connectés informatiquement, il a fait ressortir que, d’une part on n’assistait pas à un tarissement des relations « flesh and bones », mais que, d’autre part, leur développement était rendu possible par une première vague de contacts virtuels (e-mails en l’occurrence).

Plus récemment on notera le déplacement de perspectives qui marque les travaux de Howard Rheingold, passant d’une problématisation en termes de “communauté virtuelle” à une autre qui, sous la figure emblématique des “smart mobs”, interroge les capacités du virtuel à susciter des communautés réelles, que dira-t-on, le “réel ne pouvait jusque là s’offrir”.
Des observations que nous menons permettent, dans le même sens, d’aborder la question des engagements réels versus en réseaux, non plus simplement en termes de bascule (passer d’un registre dans l’autre; jongler, si l’on veut), mais plutôt en termes de relève et de relance, en suivant donc les engendrements relationnels qui prospèrent d’osciller entre relations médiatées et de coprésence.
Mais on peut franchir un pas supplémentaire dans ces dynamiques d’engendrement en relevant que certaines pratiques, d’abord cultivées on line, ont initié des explorations visant à les répliquer off line. On en trouvera un exemple emblématique dans cette métaphore du “blind date” caractéristique des sites de rencontre virtuelles, qui s’est trouvée répliquée là encore « flesh and bones » dans l’éclosion de sites bien réels de rencontres bien réelles, mais plongées dans le noir (restaurant où les convives mangent dans l’obscurité, avant que, plus tard, la lumière ne soit !).

Ici la sortie du net – cette sorte de mouvement « extra naute » -- porte moins sur des prolongements relationnels que sur des transports (le sens littéral du mot « métaphore » soit dit en passant) de formats interactionnels.

On trouvera un semblable exemple (quoique plus diffus) de la vulnérabilité de nos cultures pratiques héritées après passage au “tamis” du net, dans les modalités même de cette écriture publique qu’est l’écriture journalistique, et dont on peut penser qu’elle viendra à être affectée par la forme blog : c’est du moins une hypothèse que Daniel Schneiderman esquisse dans une récente chronique du quotidien Libération (daté du 12/01/07).

Ce qui se dessine ici comme piste à creuser a pour effet d’inverser la fameuse thématique du transvasement du monde réel dans le monde virtuel et de rendre sensible au mouvement complémentaire selon lequel le Web pourrait certes être compris comme un vase mais dans lequel se concocteraient des formats interactionnels ou syntaxiques que rien n’empêcherait de se déverser dans le “monde réel” permettant ainsi aux acteurs sociaux d’y tester d’autres prises ou d’autres manières d’y prendre langue.

Mais, plus généralement, et pour autant que le débat reste ouvert sur le contenu qu’il convient d’affecter à l’acronyme “Web 2.0”, on proposerait de considérer qu’il consigne un excès possible d’un cadrage jusqu’ici prévalant, et qui situait la toile et son autre – le monde réel et la multitude proliférante de ses utilisateurs -- dans un rapport de vis-à-vis (ou bien, et sous la thématique des mondes virtuels, comme un espace possible de vis-à-vis entre internautes).

A cet égard les nouvelles opérativités du Web ont beaucoup à voir avec les possibilités de rebonds et de réactions tierces qu’elles ménagent désormais (commentaires de blogs, interventions sur des plateformes contributives, formulations et déplacements des taxinomies – « folksonomies »--. Dans tout ceci le Web se déplie comme un espace d’interventions sur lesquelles on peut alors intervenir ; et ce n’est pas que ces interventions sur interventions miment la vie sociale, c’est plus simplement qu’elles l’accomplissent d’autant mieux qu’elles en rejouent la nervure fondamentale. Ce possible initie en tous cas des collectifs qui ne sont peut être rien d’autre que des chambres évanescentes de déploiement d’inter réactions, mais, d’un autre point de vue, bien de nos engagements en collectifs et dans la vie réelle, ne sont tramés par rien d’autre que cela, et ne survivent pas, dés lors que ces inter réactions viennent à se tarir (même les réseaux meurent de ne plus être alimentés - selon H. White -).

Quoiqu’il en soit de la consistance et de la destinée de ces collectifs générés sur la toile, on marquera -- et dès lors qu’on prête attention à la possibilité d’intervention tierce -- que :

1) On leste la figure idéale de l’interactivité d’une portée bien plus ouverte que celle à laquelle nous confinait l’équivalence obligée entre interface et interactivité, laquelle équivalence enfermait en quelque sorte dans ce dialogue solitaire entre un homme et sa machine,

2) On se donne un concept du Web comme d’un espace d’interventions dans lequel, et par le “passage en toile”, s’enlèvent des connexions qui ne lui préexistaient pas, si bien qu’on se trouve avec la double figure d’un web qui ne cesse de sortir autre chose de lui-même, en même temps que, et du fait, qu’il est capable d’extraire de cette collection de collectifs qu’est une société, ce qu’on pourrait appeler des assortiments supplémentaires.