2 160 000 icônes de la vie d'une femme (extraits)

 

 

1997 installation vidéo

Si à partir de 24 heures d'instants filmés, toutes images se dénombraient, à raison de 25 images par secondes....

DIAPORAMA
UNE ICONE / DESCRIPTIF
TEXTE de Dominique Angel

 

   
 

 

 

 

 
136 620 icônes de la vie d'une femme
Ecole d'Art d'aix-en-Provence 1997
 
100 980 icônes de la vie d'une femme
3bisF Lieu d'Arts Contemporains 1998
       
     
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En procédant par expansion, ou déploiement dans un premier temps puis par compression dans un deuxième temps, une double temporalité se propose au regard.
 

 

POUR UNE CERISE DE PLUS

Quelle intention met l'artiste dans la relation qu'elle établit entre la taille définitive de l'oeuvre et l'animation minuscule qui s'y trouve? Veut-elle en en multipliant des images immobiles évoquer une peinture impressionniste? Veut-elle dire qu'un même instant remplit tout l'univers? Combien de figures devra-t-elle juxtaposer pour voir un tableau apparaître? A partir de combien de cerises accumulées considérera-t-elle qu'un tas de cerises est constitué?

L'exemple est idiot répond-elle: les cerises ne sont pas les touches d'un pinceau! Si, en principe, une seule touche de couleur peut constituer un tableau, une seule cerise ne formera jamais un tas!

Mais dès lors qu'un tas est constitué et que l'on continue sans cesse de l'augmenter, un moment viendra où pour une cerise de plus, il changera de nature : de tas, il se transformera en montagne, puis s'il est encore almenté, en miroir aux alouettes.

Cependant si l'art est un miroir, et non pas une construction de l'esprit, on y verra se refléter les inégalités du monde : des petits tas, des gros tas et des tas si grands que l'on distinguera qu'un détail. Où commence l'espace artistique et où finit-il? Dois-je revenir à l'espace intime de l'écran vidéo se dit-elle, ce trou vertigineux que la lumière produit dans la matière, cette loupe posée sur les choses, sous laquelle l'espace tout entier est réduit, cette présence qui évoque la proximité d'une respiration?

Une oeuvre trop petite est repérable au cadre qui l'entoure. Torp grande, c'est un clair obscure, une forme à contre-jour, une trame; un rien qui ne garantisse l'antériorité de la mémoire. A sa juste taille elle se transforme en fantôme, en sirène haletante, en toupie, en chaise à bascule, en nombril féminin.

Beaucoup de temps passé sur une petite chose, songe-t-elle, vaut-il autant que peu de temps consacré à une grande? L'espace accordé à l'esprit vagabond contraint-il la rêverie de l'artiste à l'oeuvre? Je veux dire, la contraint-il au point de dissoudre la pensée, au point de la réduire à une unique certitude, quelle que soit la liberté qu'il s'octroie, comme un voyageur à l'orée d'un interminable désert?

Si je continue une grande oeuvre avec des petites, se dit-elle, l'égalité du temps et de l'espace sera alors rétablie, l'oeuvre vaudra exactement pour le temps qui lui aura été consacré.

Ainsi armée d'une burette d'huile de coude, l'artiste actionne une mécanique secrète. L'infra-mince, cette inexistence de la matière électronique, est un écran entre moi et le spectateur se dit-elle; c'est un voile pudique jeté sur la réalité, un semblant d'ordre mis dans les désirs chaotiques d'une journée.

Dominique Angel, décembre 1997

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